De Köningsburg à Kaliningrad – février 2017

Un P’tit Voyage suffit pour visiter les 15 000 km2 de Kaliningrad, petit coin de la Russie niché depuis 1945 entre la Pologne et la Lituanie.
En Europe donc, car depuis l’adhésion alentours des dix pays de l’Est à l’Union Européenne, la ville est désormais une enclave russe au milieu de l’UE. La grande statue de la Mère Patrie, au centre de l’ancienne place Stalin, regarde d’ailleurs vers l’Est en direction de Moscou, à quelques 1250 km.

Bienvenue dans les terres stratégiques du pétrole, de la tourbe et de l’ambre!

kalDes Teutons aux Prussiens, des Allemands aux Russes.

Fondée en 1255 par les Chevaliers teu- toniques, la ville alors appelée Königsberg se bâtit autour du château les protégeant des Prussiens et des Polonais. Mais dès le XVème siècle, elle devint la capitale de la Prusse puis en 1701 vice-capitale royale avec Berlin, à 650 km. Il faut dire que la ville garnison n’eut de cesse de construire forteresses, portes et remparts. Tous les 4 km sur double ceinture dissuasive, on voit encore aujourd’hui ces mas- sives constructions de briques rouges dont certaines se visitent, à l’instar des kms de souterrains du fortin n°5 ou de la porte Friedman, construite comme un château en belles briques rouges. Dans ces conditions, il fut inimaginable à la Seconde Guerre Mondiale que l’armée allemande puisse perdre face aux Russes ! Et pourtant, le 9 avril 1945 l’armée rouge entre à Berlin; et dans le bunker central de königsberg, le général allemand Otto Von Lasch préféra capituler après trois jours de combats acharnés; préservant ainsi la vie de ses soldats face aux troupes soviétiques du maréchal Vassilievski.

D’un coup d’un seul, le territoire de la Prusse orientale fut alors divisé entre la Pologne (2/3) et L’URSS (1/3) par le traité de Potsdam en compensation des destructions et des pertes subies. Les russes renommèrent la ville Kaliningrad en 1946 du nom d’un dignitaire soviétique aujourd’hui oublié. La population allemande subsistante reçut l’ordre de partir en quelques jours et les russes a uèrent des quinze républiques de l’URSS. Aujourd’hui, sur les 440 000 habitants (324 000 juste avant la guerre) 90 % sont des russes. De fait — et en- core plus que d’habitude en Russie où les temps soviétiques empêchaient les gens de finir leurs jours sur leur lieu de naissance — les habitants de Kaliningrad sont tous originaires d’un ailleurs, aux quatre coins de l’ex URSS. Bien que le niveau de vie au sein de l’enclave soit supérieur à la moyenne russe, il reste nettement inférieur à celui de ses voisins Polonais et Lituaniens; la tentation de filer “à l’ouest” est aussi grande que proche.

 

Tout ce qui est de briques rouges est allemand

Kaliningrad fut quasiment rasée sous les bombes alliées et un premier regard trop hâtif sur la capitale fait regretter de venir découvrir une énième ville soviétique. Moi la première. Et pourtant, la politique de reconstruction des années 2000 met en avant ce passé prussien et les architectures reprennent les modé- natures à encorbellements et autres fa- çades crantées qui finissent par s’adapter avec les quelques vieux bâtiments d’origine. Et oui, tout ce qui est fait de vieilles briques rouges ici est allemand ! On parle de reconstruire le château à l’identique, sans doute pour faire oublier les traditionnelles constructions aussi soviétiques que monumentales, voire obsolètes.

Vous me pardonnerez mon overdose russe de monastères en ne citant que deux églises. De fait, ces terres n’étant orthodoxes que depuis 70 ans, la cathédrale du Christ Sauveur de la place de la Victoire ne fut achevée qu’en 2006. Les églises luthériennes ont disparu sous les bombes sauf miraculeusement l’im- mense cathédrale de briques sur l’île de Kneiphof. Debout depuis le XIV ème siècle, son style gothique rappelle sans conteste le glorieux passé prussien dela ville. Transformée en musée et salle de concert, c’est surtout le lieu où est enterré une figure capitale de la ville, Emmanuel Kant.

« Deux choses remplissent mon âme avec émerveillement et une admiration nouvelle et croissante ; surtout penser à elles : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi ». Le grand philosophe allemand originaire de Königs- berg jamais ne voulu s’en éloigner et consacra sa vie à étudier toutes les formes de la critique phénoménologique.

En route vers des ailleurs merveilleux

“Si le temps de Königsberg ne vous plait pas, patientez trente minutes, il changera.” Cette sage citation est aussi de Kant car il n’est pas moins vrai qu’il pleut 232 jours par an à Kaliningrad, le reste c’est humide. Quitte à être dans l’eau, trente minutes d’elektrichka su sent à quitter la morne capitale vers le sublime front de mer de la Baltique. Mer fermée peu salée et peu profonde (le lac Baï- kal a le même contenu d’eau), elle est reliée à l’Atlantique par la mer du Nord. La presqu’île de Sambie se transforme l’été en stations balnéaires dont les plus fameuses Svetlogorsk et Zelenogradsk sont d’un art de vivre confondant. La beauté sauvage des dunes et du littoral est atemporelle, la centaine de km de plage impressionnante. Le mélange couleur moka de sable, neige et glace mêlés dessine des circonvolutions infinies que seuls nos propres pas viennent troubler.  Magnifique..

Svetlogorsk, ex Rauschen, est un tran- quille lieu de villégiature de 11 000 ha- bitants. Au

bord des plages et des de- meures allemandes du plus bel effet,on se croirait à la Baule-les-Pins, le long des dunes de sable. Reconnue ville thermale en 1821, Thomas Mann y sé- journa. Plus prosaïquement, le politique Anatoli Sobtchak, premier maire démo- cratiquement élu de Saint-Pétersbourg, y passa la fin de sa vie. Mais loin de moi le sentiment de “Voir Svetlogorsk et mourir”! Malgré un ressenti des vents à congeler sur pied, la beauté glacée des lieux nous a  offert une promenade balnéaire étonnante, le long d’un rivage qui ne demande qu’à recevoir un lifting intelligent.

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De même, la découverte de Zeleno- gradsk ou Isthme de Courlande — dont je n’avais jamais entendu parler — est une curiosité de la nature qui abrite certaines des plus hautes dunes d’Europe. Leur hauteur moyenne est de 35 m et, à certains endroits, les dunes dépassent 60 m. Le tout sur un cordon littoral sa- bloneux de 100 km de long (50 km en Russie, 50 en Lituanie). Imaginez : une lagune variant de 380 à 3 800 mètres de large juste séparée en son milieu par 300 mètres de mer que franchissent les ferrys reliant les deux pays.

Hélas, ni l’inscription sur la précieuse liste de l’Unesco en 2000, ni la création de deux parcs nationaux, ne peuvent empêcher les effets de l’érosion sur l’isthme de Courlande, sans oublier les conséquences d’une intense déforestisation passée. A propos de végétation, l’arrêt dans la “Forêt dansante” est devenu incontournable pour la curieuse dé- formation de certains arbres. Des troncs enroulés sur eux-mêmes, comme ivres, ont repris leur progression vers le ciel. Personne n’a éludé ce mystère et sans doute tant mieux, cette forêt de pins parait des plus enchantées. Les oiseaux migrateurs y faisant escale par millions ne s’y trompent pas.

 

Un port peut en cacher un autre

Mais revenons à Kaliningrad, loin de ces pins merveilleux. La ville, naturellement séparée de la mer Baltique par une presqu’île (la Sambie), ferme la la- gune de la Vistule. Un canal maritime de 43 km la relie à la mer. Il existe trois ports à Kaliningrad : fluvial, de marchan- dises et de pêche. Et bien-sûr le port militaire, l’un des plus importants de l’Union soviétique en mer Baltique qui jouait un rôle de premier ordre dans le Pacte de Varsovie. Ce qui fit de Kalinin- grad une ville fermée jusqu’en 1991. De- puis toujours la Russie reconnait en ces lieux une place hautement stratégique. Aujourd’hui, aux chars de l’Otan installés de part et d’autre en Pologne et en Estonie, la Russie répond par des installations militaires du dernier cri installées à Kaliningrad. Je signalerais toutefois que Kaliningrad entretient de bonnes relations et coopérations transfronta- lières avec la Pologne et la Lituanie. Par ces temps de guerre froide et psycho- logique, l’enclave se devrait être haute- ment diplomatique.

A l’instar de cette photo fièrement accrochée dans un restaurant qui accueillit les présidents Poutine, Chirac et le chancelier allemand Schröder le 2 juillet 2005. Une grande fête les avait rassemblés pour les 750 ans du pays : 700 d’histoire allemande, 50 d’histoire russe.

 

De même, la découverte de Zeleno- gradsk ou Isthme de Courlande — dont je n’avais jamais entendu parler — est une curiosité de la nature qui abrite certaines des plus hautes dunes d’Europe. Leur hauteur moyenne est de 35 m et, à certains endroits, les dunes dépassent 60 m. Le tout sur un cordon littoral sa- bloneux de 100 km de long (50 km en Russie, 50 en Lituanie). Imaginez : une lagune variant de 380 à 3 800 mètres de large juste séparée en son milieu par 300 mètres de mer que franchissent les ferrys reliant les deux pays.

Mais le nouvel avenir de Kaliningrad serait-il la conquête de l’Antarctique? Le pays fut la base de départ des expéditions soviétiques sur le continent Austral, d’ailleurs découvert par une expédition russe en 1820. En e et, on parle beaucoup ces temps-ci du désir de la Russie d’y renforcer ses positions. A suivre donc, en se doutant bien qu’il y a encore là terrain à moudre…

 

Ambre emblématique et incontournable

Je ne sais d’où vint le collier d’ambre qu’Ulysse offrit à Pénélope mais Kaliningrad possède 90 % des ressources mondiales d’ambre (янтарный) et elle dispose d’une réserve de 50 ans. Bref vous l’aurez compris, il est aussi impossible d’échapper à la folie de l’ambre à Kaliningrad que de terminer mon article sans en parler. Autant éluder de suite le sujet qui vous fera briller en société ! Une visite d’une carrière à ciel ouvert nous apprend qu’on en extrait 50 tonnes par an. Deux cents personnes y officient six mois de l’année hors hiver car l’ambre est friable au froid (et fond à 170°). Le grand chimiste russe Lomonosov avait tranché : l’ambre de formule C40H64O n’est pas une pierre mais bien d’origine organique, au même titre que le corail ou la nacre. C’est de la résine de pins vieille de 50 millions d’années! On connait sa couleur caramel caractéristique pas spécialement attrayante mais il en existe 361 autres nuances, du blanc au noir en passant

par des verts et des bleus les plus étonnants, parfois pailletés et irisés comme une opale.

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Les bijoux créés ne sont pas d’un design transcendant mais il fut extraordinaire de regarder dans le microscope du bijoutier les inclusions de moustiques, araignées, herbes et autres bulles d’air millionnaires en années… De plus, l’ambre sert à tout, de la médecine au bien-être, et même à la fabrication des vernis : le fameux violon Stradivarius en serait recouvert. Non contents d’avoir poli et monté notre propre bijou porte-bonheur, la guide nous fit creuser le sable jusqu’à ce que la pelle rapporte de minuscule fragments; très loin du plus gros morceau jamais trouvé 4,2 kg.

Autre conseil inestimable : pour savoir si vous achetez de l’ambre, il faut le plonger dans de l’eau très salée. S’il coule c’est que c’est une imitation chinoise. Ah soudain quelle impatience d’arriver aux 34 ans de mes noces d’ambre pour plonger mes futurs bijoux dans la mer morte… A bon entendeur!

Emmanuelle Sacchet Dantoine P’tit voyage de février 2017



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