Алтай – это рай  / L’Altai, c’est le paradis – septembre 2016

A 3600 km de Moscou, le pouvoir spirituel des paysages de l’Altai rendent humbles tous les mots. A moins de retranscrire directement ceux des toasts portés à la fin de notre fabuleux voyage. Que de verres de vodka au lait aigre furent levés à Dame Nature, aux Altai accueillants, à nos guides chaleureux, aux Chamans inspirés, à la météo clémente, à la Russie si grande, aux animaux sauvages, aux bons esprits retrouvant les objets égarés, à l’alchimie des huit nationalités de notre groupe, au bébé né une nuit de mauvaise lune… Mais nous avons également trinqué intimement — et en choeur — à la spiritualité de l’Altai.

Car au pays des chamans, on ne plaisante pas avec ce que l’on ressent.

“On ne fait pas un voyage, c’est un voyage qui nous fait”

Pour reprendre l’expression de l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier, tout organisé que fut le nôtre, c’est ce que l’on a pu ressentir ces 150 heures passées à arpenter steppes jaunes et montagnes dorées de la République de l’Altai. Car chaque minute fut vécue comme une évidence, mieux, comme un don. L’accueil des autochtones fut pris comme tel, qu’ils furent guide, chaman, philosophe, chauffeur, musicien, cuisinier, ranger, animal… La parfaite alliance de vie entre Altai (40% de la population) et Russes s’est faite ressentir. Chaque rencontre fut un partage et une façon de montrer le chemin. Vers les paysages grandioses du Sud de la Sibérie bien-sûr, aux proches frontières avec le Kazakhstan, la Chine et la Mongolie. Des paysages immuables qui racontent l’Histoire et les croyances ataviques. On imagine aisément la horde d’or de Gengis Khan dévaler les steppes désertiques. Le tableau est presque devant les yeux.

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Brève leçon d’histoire-géo

Altaï signifie “or”, d’où l’appellation donnée par l’Unesco de “Montagnes dorées”, justifiée par les étendues d’herbe sèche des steppes. Les paysages de l’Altaï sont très variés : hautes montagnes, vallées infinies, cours d’eaux tumultueux (17 000 fleuves et rivières, 13 000 lacs et canyons, 1 400 glaciers), mais aussi steppes, forêts et taïga où faune et flore croissent sans pollution. Occupé depuis le néolithique par le groupe nomade indo-européens des Scythes puis par les Turcs, l’Altaï témoigne de son riche passé par la présence de nombreux vestiges, lieux sacrés, kourganes, stèles, auxquels sont très attachés les Altaïens. Le musée archéologique de Gorno-Altaï, les tumulus funéraires et les pétroglyphes sur les montagnes que nous avons visité en témoignent toujours. D’ailleurs, une équipe d’archéologues a sorti de terre en 2006 une momie recouverte de tatouages d’animaux, la princesse d’Ugok, préservée par la glace. Différents textiles, bijoux, objets de la vie courante, ossements de chevaux appartenant aux Scythes, et plus précisément à la culture Pazyryk, ont été découverts près du corps, offrant du même coup le plus vieux tapis de l’humanité (Vème siècle avant J.C.).

Petite tentative de description de paysages …

Nos photos aux allures de carte-postales sont même en deça de la réalité. En Altaï, pas besoin de filtres trompeurs. Les différentes régions traversées firent défiler des panoramas où il aurait fait bon s’adonner à des heures contemplatives. A l’instar de ces lignes d’horizon souvent hérissées de chevaux noir de geai. Et que dire de la brume matinale sur les herbes des steppes, des cimes des montagnes irisées de coucher de soleil sur une vallée déjà nocturne, du noir absolu du ciel et de la voie lactée éclairant nos pas sans lune, du courant d’air dans les rideaux d’une isba isolée découvrant une réserve de bocaux alignés, de l’or jaune des aiguilles caduques des hauts mélèzes tranchants sur un ciel Côte d’Azur, de la poussière soulevée par les rares véhicules des pistes taillées dans les vallées, de la kacha matinale fumant dans des chaudrons géants à même le feu de camp, de la ligne colorée de nos silhouettes silencieuses et besogneuses à l’assaut des sommets, du flottement au vent des banderolles de tissus colorés laçées aux arbres en offrande aux esprits, du rythme des poteaux électriques noirs et penchés chacun à sa guise, de la lente progression à cheval sur l’ancienne route de la soie dont l’ascension finale au soleil d’or du couchant illumina quelques secondes des neiges éternelles…                                                                                                                                                                                             Vous y êtes presque?

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… et tentative de description de paysages sonores

Telles les odeurs de ma valise déballée longtemps après (mélange de peau de mouton, laine de yak, selle de cheval, fromage aigre, tisane Ivan Tchaï, fumée des yourtes traversées…), les sons colportent avec plus d’émotions que les photos les souvenirs du voyageur. Forcément, l’Altaï offre une ambiance sonore particulière: le silence avant toute chose. Puis la perception des chants de l’eau s’échappant d’une cascade ou d’un fleuve tumultueux. Ici la rivière Katoun dont la majesté bleu turquoise n’a d’égal que son impétuosité.                                                                                                                                                                                                                                               Ainsi tentez d’imaginer ces quelques sons : le galop des chevaux sauvages, les criquets dans les hautes herbes, le meuglement des vaches, un vent soudainement levé des montagnes, l’enrouement du UAZ brinquebalant, les chants diphoniques surnaturels, le crépitement du feu dans les Ails (maison pyramidale en bois) et les banias (les salles de bains)… Et encore, cette langue Altai! Faites chanter ces noms pour comprendre : Outch Enmek, Tchémal, Kouyouse, Oïbok, Karakol, Kan, Gorno-Altaïsk, Yu Bogan, Ya Konour, Mendur-Sokkon, Tchoumych, Kouïten-Ououl, Tchoulychman, Djouloukoul… Et un dernier nom à retenir pour revenir un jour visiter la partie orientale de l‘Altai que nous n’avons pas visitée : Teletskoïe. Du nom du lac, à la profondeur de 325 m, dont seul le lac Baïkal contient plus d’eau douce.

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Un Tibet russe 

Damned, serions nous devenus plus sensibles aux éléments en à peine quelques jours? Et pourquoi pas. A voir vivre les Altai en toute sérénité, leur vision du monde toute particulière nous ferait presque de l’oeil! La rencontre dans son salon puis dans un musée de village avec le vieux philosophe Nikolai Shodoev a été haute en couleurs. De celles qu’il évoque dans son introduction à la philosophie BILIK directement reliée à la cosmologie, où âme, individu et développement spirituel sont intimement liés grâce à l’harmonie entre l’homme et la nature. Je vous fais grâce des 3 heures d’explications — aussi dépaysantes que nébuleuses — pour livrer sa conclusion : il faut vivre en veillant à l’harmonisation intérieure de nos émotions et de nos connaissances, pour qu’aucune ne prenne autorité sur l’autre.

Une sagesse toute simple… à mettre en oeuvre derechef me semble-t-il.

Pour finir, évidemment, un immense merci à Fabienne Degreve pour la concoction de ce périple avec les Tsars du Voyage.

Car si l’on part (souvent), c’est pour (mieux) revenir.

Emmanuelle Sacchet Dantoine Septembre 2016



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