L’artiste franco-russe Natalie Gontcharoff exposée à Moscou

Le Musée Tropinine à Moscou présente des œuvres de l’artiste russo-française Natalie Gontcharoff, représentante de l’art avant-gardiste russe, et une des peintres des ballets russes de Diaghilev.

Exposition ouverte jusqu’à 17 octobre 2016.

Adresse du musée Tropinin : 1, bât. 1, Stchétininsky ruelle (Щетининский переулок, 1, строение 1)

Site web du musée (en russe) : http://museum-tropinina.ru

http://www.russianmuseums.info/M342

C’est un projet inattendu de la part du musée qui est entièrement consacrée à Tropinine et aux peintres moscovites du début de XIXe. La Maison Tropinine rend hommage à Natalie Gontcharoff, co-fondatrice du rayonnisme dont cette année fête le 135ème anniversaire.

Seulement quelques œuvres de la période moscovite de la peintre seront présentées faute de place dans le musée. Mais pour les organisateurs, la taille modeste de l’exposition a ses avantages : elle permet de voir en détail les œuvres de l’artiste qui d’habitude se perdent dans des grandes rétrospectives.

La collection provient des fonds de Natalie Gontcharoff, ainsi que d’autres collections y compris privées.

Nathalie Gontcharoff était l’élève du peintre postimpressionniste Constantin Korovine et l’épouse de l’artiste avant-gardiste Mikhaïl Larionov. Elle a fait parler d’elle au début du XXe après quelques expositions en Russie et en Europe. Ses œuvres d’abord impressionnistes, puis cubistes, néo-primitivistes, unifiaient les mouvements de l’art moderne avec le langage traditionnel des icônes russes.

Sa peinture pleine d’expérimentation et de symbolisme semble être en contradiction avec le style de Tropinine et de ses contemporains qui restaient fidèles dans leurs ouvrages aux détails réels, presque photographique, de leur sujet. Pourtant les organisateurs de l’exposition insistent : bien que les distinctions soient très prononcées, il y a une affinité entre le réalisme russe du XIXe et l’avant-garde russe du XXe. Ils sont profondément liés par le contexte historico-culturel et par la littérature.

C’est d’abord le nom d’Alexandre Pouchkine qui unit Tropinine et Nathalie Gontcharoff. Le peintre a réalisé un portrait du poète, tandis que Nathalie Gontcharoff est l’arrière-petite-nièce de l’épouse de Pouchkine, dont elle porte les mêmes nom et prénom. Nathalie Gontcharoff fut un phénomène en son temps car elle donnait vie aux œuvres poétiques de son époque, comme beaucoup de peintres qui faisaient des illustrations littéraires, et travaillait sur les livres des poètes futuristes les plus radicaux, tels que ceux d’Alexeï Kroutchenykh et de Tikhon Tchuriline présentés lors de l’exposition.

Et, comme Tropinine qui représentait son siècle à travers des portraits et la culture du peuple, Nathalie Gontcharoff créait le portrait d’une époque moderne avec les moyens de l’imagerie populaire russe (loubok) et le langage traditionnel des icônes.

Sa façon de faire est surtout visible dans la série que Nathalie Gontcharoff a consacrée à la guerre de 1914. Les lithographies, exposées au musée, ne montrent pas les détails réels du front, elles déplacent la guerre dans un univers symbolique, épique, qui était plus proche de l’état d’esprit du peuple à cette époque.

Plusieurs artistes russes à cette période ont marqué la pensée apocalyptique qui régnait en Russie, et le style des chroniques médiévales choisi par Gontcharoff marque cette tendance. L’artiste ne fait pas d’illustrations, mais peint des symboles: sous sa main, la Russie est un aigle à deux têtes, l’Angleterre, un lion, et la France, un coq annonçant la guerre.

En 1914, Serge de Diaghilev l’invite à réaliser les décors du Coq d’or, un ballet de Rimski-Korsakov. Après le succès du projet, l’impresario des Ballets russes propose à Gontcharoff et Larionov un travail permanent aux Ballets russes, dont elle deviendra après les années 1920, un des principaux peintres.

Le couple déménage alors à Paris, et ne reviendra jamais en Russie : après la révolution de 1917, Mikhail Larionov et Nathalie Gontcharoff ont décidé de rester en émigration. Quelques années plus tard, en 1939, elle obtient la nationalité française.

Elle meurt à Paris en 1962.



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