P’tit voyage en Carélie – Février 2015

Je l’appréhendais un peu ce P’tit Voyage, d’abord parce que j’étais seule à l’organiser, que je partais avec beaucoup de « nouveaux » et parce que c’était mon dernier ! De surcroît le programme de la dernière journée ne m’enchantait guère, beaucoup de kilomètres pour visiter un canyon gelé…

Nuit dans le train approximative, « on » et « off »,comme toujours, pourtant le chauffage était modéré pour une fois !, et, sur le quai, au matin, c’est notre adorable guide Anna, qui nous accueille et nous emmène prendre un petit déjeuner près de la gare. Là, autour d’une délicieuse kacha, surprise, lorsqu’un membre du groupe vient me voir en me disant que le programme de l’après-midi ne l’intéresse guère et qu’elle préfèrerait aller à Kiji avec 4 autres ! Euh…. Ce n’est pas trop l’esprit des P’tits voyages de partir ainsi « à la carte », mais nonobstant, Anna, interrogée, nous dit qu’elle va se renseigner. Finalement les conditions météo, beaucoup de vent, ne permettent pas, de toute façon, de partir à Kiji aujourd’hui, ni même demain, mais la dernière journée ce sera peut être faisable. Le groupe consulté, accepte cette modification de programme inopinée, ce qui pour le coup m’agrée. Bon, la « mutinerie » enrayée, on peut démarrer !!!….

Et c’est d’abord par un tour de ville que nous commençons. Fondée en 1703 par Pierre le Grand pour fabriquer, à partir du minerai local, des canons pour se battre contre les Suédois, la ville s’étend autour d’un des nombreux golfe du lac Onega (90 km de large, 240 km de long) . Elle est pourtant bientôt délaissée au profit de St Petersburg, et essaie de subsister.Aujourd’hui elle compte 300 000 habitants, dont il ne reste plus que 6% de la population d’origine, issue des peuples ostro hongrois et finlandais.Elle vit de la reconversion des fonderies, produisant désormais du fer forgé, de la production de minerais, principalement mica et quartz et de tout ce qui tourne autour de l’industrie du bois. L’agriculture n’est plus très développée, on essaie d’y remédier, mais la pêche est une ressource majeure dans les quelques 60 000 lacs de la région.

Le long du lac Onega,  une magnifique jetée invite les promeneurs à admirer les différentes sculptures offertes à la ville par les cités jumelles des USA( Duluth), de France (La Rochelle), d’Allemagne (Neubrandenburg, Tübingen), de Suède (Umea), de Finlande…. Au loin, les larges bateaux sont prisonniers des glaces…

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Nous voyons la place des Théâtres, le classique et le moderne se faisant face, puis la place circulaire où trône la statue de Lénine, que l’on songe à remplacer par celle de Pierre le Grand.

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La cathédrale Nevskiy, claire, offre de belles icônes et, caractéristique semble–t-il des villes du Nord de la Russie, un iconostase plus sobre, quoique déjà bien doré à mon goût, que ceux que l’on peut admirer ailleurs.

Après notre installation et le déjeuner à notre hôtel (le Château Onéguien, aux chambres très spacieuses ! avec vue sur le lac), nous allons au musée des arts ethniques, où vont se succéder quatre maîtres, qui vont nous enseigner chacun leur spécialité : le travail de l’écorce de bouleau (réalisation d’un porte serviette), la confection de  poupées de chiffon (réalisation de couple de poupées offertes lors des mariages : c’est bientôt la Saint Valentin), le travail de la laine bouillie (réalisation d’une pomme, plus vraie que nature !) et enfin, le tissage (réalisation d’un napperon en laine très douce !).

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Épuisés par tant de concentration, nous rejoignons le restaurant pour le repas du soir, où nous attend l’ultime master class : confection de kalitki : petites tartelettes ovales de pâte avec de la farine de blé mélangée à du seigle ou du sarrazin, sur laquelle on étale généreusement de la purée de pomme de terre badigeonnée de smetana, et que l’on fait cuire 5 ou 6  minutes au four.

Chacun apprécie son lit au bout de cette première journée bien dense.

Le lendemain, nous prenons la route pour aller à la base de loisirs située à 20 km de là et divisons le groupe en deux. Je commence par les motos-neige. Denis, notre bel instructeur, blond,élancé et jovial, nous équipe : ensemble pantalon et anorak couleur camouflage ou combinaison de pilote (P. se sent à la mode avec l’entre-jambe au milieu des genoux !!!!). Cagoulées, casquées, bottes et gants, nous voilà légères et aériennes, le défilé de mode sera pour plus tard. Un petit tour de chauffe pour constater que les virages doivent être anticipés (non, non, ce n’est pas aussi souple qu’un vélo !) et nous voilà partis dans la forêt, puis sur le lac, où après une petite pause pique-nique bien appréciée (thé, fromage, charcuterie, friandises….), on se fait plaisir avec une petite pointe de vitesse sur la neige fraîche recouvrant la glace, avant de rejoindre notre point de départ. Les bouleaux de la forêt portent sur leur tronc la trace d’une découpe d’écorce, preuve s’il en est, qu’ici, le travail de l’écorce de bouleau, c’est la spécialité….

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On change alors d’activité. Pendant que l’autre groupe s’équipe pour les motos, nous faisons connaissance avec les chiens de traîneau : le husky de Sibérie, aux beaux yeux bleus, animal résistant mais un peu dolent, voire capricieux, d’après les explications d’Irina, éleveur.

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Le husky d’Alaska, fin et noir, nerveux et résistant, le malamut, gros chien placide qui ne sait pas aboyer, mais peut tracter de lourdes charges. Les chiens peuvent faire jusqu’à 70 km par jour sans problème, parfois 100, mais alors, là c’est l’homme qui ne suit plus et s’épuise avant eux ! Les chiens de traîneau prennent de l’essor en Carélie, puisque la région accueille désormais des courses comptant pour les championnats du monde. Et c’est bien de championnat qu’il s’agit ici, puisqu’on nous remet un dossard pendant qu’on attèle les chiens. Ceux-ci semblent fous de joie d’être sélectionnés pour courir, et la déception de ceux qui restent se fait entendre !.Et c’est parti pour chacune un tour à travers la forêt d’environ 1km. E. s’élance la première et explose le record du jour, qui ne sera pas battu. Nous croyons nous en sortir, mais une deuxième manche nous attend ! On change les chiens, et là, sauf chute dans un virage (hum…pas de nom !) ça va encore plus vite…

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Les résultats sont donnés, les médailles distribuées et le podium assuré !!! Nous avons fait bien mieux que le premier groupe : hourrah ! Après un petit thé (genévrier, feuille de bouleau ou ivanchai /épilobe) bien apprécié et de nouveau les traditionnels kalitki, nous rejoignons l’autre groupe et repartons en direction de notre hôtel.

La majorité descend en centre ville pour achats de souvenirs et emplettes. C’est donc seulement à deux que nous nous retrouvons au bania à 18:00, dont nous profitons tranquillement pour nous délasser d’une radieuse journée en plein air. Aussi quand les autres nous rejoignent et qu’on commence à organiser l’apéritif, quelle n’est pas notre surprise d’apprendre qu’E. vient de glisser sur la dernière marche des escaliers et qu’elle s’est ouvert la tête sur quelques centimètres. La blessure n’est pas profonde, mais saigne abondamment. Nous appelons les secours, qui arrivent au bout d’un quart d’heure, posent les questions d’usage et font un bandage provisoire pour aller à l’hôpital, heureusement proche de notre hôtel Après les formalités administratives, un chirurgien vient examiner notre amie et quatre points de suture plus tard et un IRM de contrôle, nous repartons en taxi, pour rejoindre le groupe pour dîner. E. est un peu palotte, mais malgré tout souriante, elle a été bien courageuse….Notre bruyant groupe se fait sortir de la salle de restaurant à 23:00, à vrai dire, on va apprécier le repos !!!!

C’est confirmé, ce matin nous pouvons rejoindre Kiji en hydroglisseur. Deux appareils nous attendent sur la jetée, un de 6 personnes, un de 8 personnes, pour rallier l’ile Kiji distante de 60 km. Il nous faudra 1h1/2 pour y arriver, et nous attendons le plus gros appareil qui est un peu à la traîne.

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Sur l’île, musée architectural à ciel ouvert, classé à l’Unesco, qui en été accueille des bateaux entiers de touristes, seules restent en hiver quelques personnes chargées de la sécurité. Elles nous rejoignent pour nous ouvrir les portes du pagost : endroit du village où était l’église, mais servant aussi de salle communale pour prendre les décisions relatives à la communauté.

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Ici, l’église daterait de 1563, mais en bois, elle a subi un incendie et a été reconstruite. La particularité est qu’aucun clou n’entre dans l’assemblage. L’édifice sans fondation menaçant de s’écrouler, de gigantesques travaux de restauration ont été entrepris depuis 2010, où l’on a mis les 800 t de l’ensemble sur verrins pour le soulever et procéder à la consolidation des rondins endommagés. Un à un ceux ci sont refaits avec du bois soigneusement choisi,les travaux étant encore estimés à au moins deux ans….Les 22 bulbes de l’église principale, recouverts d’écorce de tremble entièrement taillée à la hache (pour que la coupe nette évite les infiltrations d’eau), ne sont plus tous là aujourd’hui car certains sont en réfection.

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À côté, se trouve plus petite, l’église d’hiver, anciennement chauffée, où l’on peut admirer de belles icônes de l’école Novgorod, aux couleurs pastel et rouge, aux visages expressifs et aux détails travaillés.

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Le clocher dressé près des deux églises, plus récent (refait au XIX) complète ces éléments uniques.

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Tout autour, on a ramené des villages voisins des bâtisses pour redonner à l’île un air de son visage d’autrefois : la vaste demeure du riche paysan, aux ouvertures abondamment décorées, celle d’un paysan plus modeste, le banya « noir » (sans cheminée) près du lac,le moulin pouvant pivoter sur son socle pour mieux profiter des vents capricieux, enfin la petite église, la plus vieille de Russie, du XVème siècle… tout est fait pour redonner vie à l’ensemble…

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Notre chauffeur s’impatiente, il se fait tard, nous allons donc au village voisin, où, du balcon, la propriétaire d’un gîte nous souhaite la bienvenue tandis que son époux nous accueille aux accents de la Marseillaise ! Dans la pièce où nous attend la grande table dressée, nous nous réchauffons autour de la cheminée.

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Le mors maison, l’yxa, le strogonoff et pour finir la menthe séchée du jardin, nous voilà prêts pour le retour. Notre chauffeur Serguei fait une microsieste au volant, heureusement, sur le lac glacé, la sortie de route n’est pas trop pénalisante….Nous arrivons à bon port vers 17:00. Il repart illico,…. et nous comprenons alors, qu’il va au-devant de son collègue dont le moteur poussif ne les fait plus avancer qu’à 15 à l’heure ! Grâce à lui, une heure plus tard, 5 autres membres de notre groupe nous rejoignent donc. Anna et les deux autres restant nous retrouvent au restaurant pour le dîner : le retour aura été épique ! Mais tout se finit bien. À l’heure dite, nous sommes sur le quai pour rejoindre nos couchettes de 3ème classe.

Faire les lits, boire un petit apéro (encore !), grignoter (encore !), jouer aux cartes, discuter, lire…. chacun se prépare à cette dernière nuit, qui nous amène exactement à l’heure prévue à Moscou.  Adieux près du métro, chacun vaque à sa journée, avec toutefois dans la tête des images d’une Russie un peu différente de la routine moscovite…..Anna, mille mercis de nous avoir fait partager cette Russie là, celle que nous adorons tant, avec ses grands espaces, ses gens chaleureux, souriants, fiers de nous faire partager leurs valeurs,leurs coutumes, leur vie….

Dominique



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