P’tit voyage à Vologda – Février 2014

C’est à 5:30  ce matin de février que notre groupe de 10 filles débarque, après une courte nuit dans le train, sur le quai enneigé de Vologda, accueillies par Anna, une jeune guide souriante et enthousiaste et Alexander, un jeune chauffeur sympathique, qui nous emmènent directement vers notre hôtel, où les vastes chambres ornées de moustiquaires très romantiques, nous offrent un complément de repos réparateur. Puis, fortes d’un petit déjeuner copieux (succulents yaourts et incontournables blinis !), nous accompagnons Anna à la découverte de la ville.

Fondée la même année que Moscou, en 1147, Vologda est située à 600 km au nord de la capitale (en prolongement de Yaroslavl) et 600 km à l’est de St Petersburg. Par voie fluviale et canaux elle est reliée à la Baltique, elle a donc toujours été un carrefour d’échanges prospères. Ivan III voulait en faire sa capitale, elle a donc bénéficié de dons généreux pour son développement. Aujourd’hui, elle compte 300 000 habitants, a un institut technique et une université (je dois dire que le département des langues, et du français en particulier y est remarquable, car toutes nos guides avaient une extraordinaire maîtrise de notre langue, sans pour autant avoir quitté leur région…). Elle est également réputée pour ses riches terres, produisant du lin et nourrissant des vaches laitières : son beurre est renommé. Côté industries, il y a des roulements mécaniques, usine d’optique, constructions de bus et tramways,…

Nous commençons par le centre-ville, en face de notre hôtel : la cathédrale Sainte Sophie a été construite sur le modèle de celle de la Dormition du kremlin de Moscou.

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Juste à côté se trouve le kremlin ou plus exactement la résidence du patriarche, ensemble d’édifices bien conservés formant un tout harmonieux.

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En face sur l’esplanade, un curieuse statue d’un homme accompagné d’un cheval : c’est un valeureux chevalier, mais également poète, Konstantin Batyushkin, qui fut un temps précepteur de Pouchkine. Face à lui, une jolie représentation de la muse…

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Notre visite se poursuit par le musée de la dentelle, vaste hôtel particulier, rénové récemment, mais gardant avec ses marbres et ses lustres en cristal tout l’apparat nécessaire pour accueillir les œuvres extraordinaires qu’il expose.

Nous pouvons admirer, outre le travail technique et laborieux, la créativité des pièces : il semble que tout est possible à réaliser et l’ère soviétique ne fait pas exception…

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Nous passons un moment dans une des nombreuses rues où s’alignent les maisons de bois colorées, toutes plus jolies les unes que les autres. Les détails (réceptacles de gouttières, fenêtres, porches, colonnades), nous ravissent et témoignent d’un passé opulent.

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Puis le groupe est lâché dans une de ces maisons qui fait boutique de souvenirs…. On passera les détails ! Nous y croisons deux jeunes filles en costume d’époque début 1900 : à l’étage on tourne un film…

Le déjeuner avalé (un buffet avec la découverte, entre autres, de certains plats peu fréquents : du foie, des crêpes salées…), nous allons voir un atelier de dentelle : une quinzaine de femmes, dans une salle claire, sans charme, chacune avec son tambour, exécutent en silence leur travail, rythmé par le cliquetis des fuseaux qu’elles font expertement rouler sous leurs doigts, passer d’une main à l’autre… Un vrai métier…

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Nous passons ensuite à la boutique, où on se permet d’essayer des pièces nécessitant des centaines et milliers d’heures de travail….Plus simplement, les nuisettes ont du succès auprès de certaines !

La fin de l’après- midi est libre : achats de souvenirs, visite de la ville, découverte du marché… mais il est fermé à cette heure.

Le dîner est dans un restaurant proche de l’hôtel, où, Oleg, notre serveur débouche allègrement les bouteilles de vin que nous avons portées et nous amène le livre d’or à signer. Départ après une photo de groupe autour du buffet : un peu de pub pour l’établissement !

Nuit réparatrice et petit-déjeuner, voilà les valises chargées et nous partons pour Kirillov, à deux heures et demie de route, après une petite photo immortalisant le premier réverbère électrique de Vologda…

Sur la rivière gelée, beaucoup d’animation : des skieurs, des pêcheurs, des promeneurs, des femmes avec leur landau, d’autres personnes promenant leur chien, et la sempiternelle babouchka, emmitouflée et chapeautée, qui dans son long manteau marche à pas lents et chaloupés, son sac de provisions à la main……

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La route droite et en mauvais état (en témoignent, du fond du bus, quelques cris de douleur et de surprise au passage de certains nids de poule…) comporte quelques côtes et descentes, elle est bordée de forêts denses de sapins aux branches enneigées retombant lourdement, dont la couleur contraste avec le tronc roux des hauts pins et celui blanc et noir des bouleaux fuselés. Parfois, improbable, un abribus surgit, et le regard cherche et accroche alors au loin quelques maisons en bois au toit fumant, seuls témoins de civilisation au milieu de ces vastes étendues.

Le lac gelé de Kubenskoye, que nous longeons (il fait 55km de long) éclaire au loin de sa tache blanche, on ne sait plus bien où est la terre, où est le ciel….C’est ici que Pierre le Grand envisageait de développer sa flotte de bateaux. Malheureusement, la profondeur du lac avec une moyenne de 3m, offre peu de tirant d’eau et le monarque s’est alors désintéressé de la région….

Nous arrivons à Kirillov, petite bourgade dans un delta de lacs et rivières, mais dont le nom est rattaché au plus important de ceux-ci, le Lac Blanc ou Belozersk. Là, nous visitons le monastère, fondé par Saint Cyrille en 1397.

Porte de la Vierge de Kazan
disciple de Saint Serge de Radonège, il eut une vision à l’âge de 63 ans et vint de Serguei Possad à pied s’établir à cet endroit, d’abord dans une hutte, puis, une petite église en bois, qui fut ensuite construite en pierres. Guérisseur, auteur de miracles, il fut célèbre et s’éteignit à l’âge de 90 ans. Jusqu’à 63 moines occupèrent les lieux, aujourd’hui il n’en reste que 6. Mais comme en témoignent nos rencontres, même par temps de neige, les visiteurs viennent ici apprécier le calme et la beauté. Le développement du monastère eut lieu grâce à la naissance de Ivan le Terrible, en l’honneur duquel furent érigées plusieurs cathédrales.

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Tous les édifices du XV au XVIII, et en particulier les remparts, flanqués de leurs tours et de leurs galeries, sont tous bien conservés ou restaurés. Le monastère ne fut jamais pris, il fut aussi une prison où furent assignés d’éminents moscovites, dont le patriarche Nikon.

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Notre visite prend fin après un long moment passé en compagnie de notre guide francophone, Nadia, qui nous décode de splendides icônes du XVIème et XVIIème, remarquablement sauvegardées, car sous l’ère soviétique, le monastère ne fut pas détruit, mais transformé en musée. Pour moi, c’est la première fois que je vois une iconostase quasi complète, riche d’icônes aussi anciennes et prestigieuses. Dans l’église rendue au culte, le prêtre à la longue barbe blanche qui vient nous ouvrir nous observe, pendues aux  paroles de Nadia. A la sortie, il nous offre à chacune un petit pain blanc que nous devrons avaler demain matin à jeun, après la prière….VISvologda12

Ivan IV et sa famille participèrent à l’essor de ce monastère, mais aujourd’hui il n’est plus en activité. De somptueuses fresques du XVème, magnifiquement conservées, sont l’œuvre du célèbre maître Dionisii et donnent à l’endroit le surnom de la Sixtine du Nord…

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Nous reprenons la route pour la base de loisirs où nous devons coucher ce soir, près de Kirillov. Mais il a beaucoup neigé, et devant l’arrivée, notre mini bus s’enlise. Sacha, notre jeune chauffeur fait plusieurs essais, mais rien n’y fait… alors nous descendons…. et nous poussons…. Après plusieurs efforts, hourrah, nous franchissons le portail d’entrée ! Le sourire joyeux du chauffeur fait chaud au cœur !

On s’organise pour la nuit : il y a plusieurs lits doubles, mais certains sont bien étroits pour deux personnes ! Bref, chacun finit par se loger, pour la petite histoire, c’est encore F. qui partagera son lit, avec G. cette fois ! Sans perdre de temps, on file au bania. Les pierres sont bien chaudes et la fumée un peu âcre, mais ça fait du bien. Et la porte qui donne dehors nous permet d’aller illico nous rouler dans la neige… Brrrr….. Mais qu’est-ce que c’est bon ! Un thé, une douche (et quand je dis une, il n’y en a qu’une, donc c’est une douche…. commune !!!!) un petit apéro, un petit cake, quelques rires plus tard, nous voilà de nouveau à table : la maîtresse de maison, Nadia, nous a préparé un shouba : en couches superposées, harengs, pommes de terre râpées, oignon rouge, œufs durs et betteraves, avec un peu de mayonnaise (pas trop !) : quel régal ! S’ensuit une cassolette de lapin avec pommes de terre et carottes, délicieusement parfumée, longuement mijotée… et pour dessert une pomme au four avec du tvorok (fromage blanc), un soupçon de cannelle et des raisins : un vrai régal. Le thé, est agrémenté de menthe, citron, baies… et on le sucre avec des varinni (confitures) faites maison : framboise, fraise, myrtille, airelle blanche…

Le lendemain matin, nous sommes gratifiées d’un petit-déjeuner maison : sirniki (petites crêpes épaisses au fromage blanc), avec un peu de smetana (crême fraîche) et les fameuses varinni : une tuerie ! Puis deux œufs au plat, cuits juste comme il faut avec tomates et lardons… et aneth (eh ! oui, eta rossia !), nous voilà fin prêtes pour chausser les skis de fond.

Notre guide Serguei a mis du temps à comprendre qu’on était débutantes (moi), fausses débutantes (celles qui en ont fait il y a 20 ans) ou expertes (celles qui y étaient encore la semaine dernière : deux seulement !). Quand sur les 10 il y en avait toujours une par terre et deux pour la relever, il a enfin compris qu’il fallait qu’il vienne en aide aux plus désespérées. Puis lorsqu’on est arrivées sur le lac, la topographie étant plus calme, nous prîmes chacune notre rythme, le patron de la base venant nous rendre visite en ski-doo, alternativement avec  Anna et Sacha….

Une heure plus tard, en eau, écarlates pour certaines (dont moi !) nous prenons « la » douche, bistro, bistro, trois par trois ! Bouclage des bagages et en route !

Nous avons rendez-vous dans le village musée de Semenkovo: les maisons d’antan des villages avoisinants sont rapatriées ici, restaurées et de nombreux programmes éducatifs et touristiques y sont donnés.
Nous pénétrons dans une isba, où le couvert est mis sur une grande table, dans le coin des hommes, sous le coin rouge (celui des icônes).

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Au menu, préparé à l’ancienne : soupe de poulet et légumes mijotée au four, plov, et blinni avec confiture de fraises et … de la smetana à se mettre par terre….
Puis deux charmantes fermières nous parlent de la vie d’éleveur de vaches, expliquent les coutumes et croyances, et détaillent la technique pour faire du beurre…que nous dégustons : quelle saveur surprenante !

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Ensuite, Sacha se prête aux danses de la séduction (St Valentin approche) et jette son mouchoir sur l’épaule des participantes, qui doivent se lever et agiter le mouchoir…. sans pour autant se le laisser voler….sinon, c’est un gage : de claquants baisers, comptés en chœur par l’assemblée. Nos deux fermières prennent alors la balalaïka et entonnent des chants qui nous laissent…. sans voix….Selon la coutume que le maître de maison se réjouit deux fois : une fois quand vous arrivez et une fois quand vous partez (!)… nous prenons congés !

Nous rejoignons Vologda par des chemins détournés connus de Sacha qui permettent de rattraper le retard accumulé. La conservatrice du musée des objets oubliés, Tatyana, nous attend. Grande femme brune enveloppée d’un long châle sur sa longue robe de laine noire, égayée de lourds bijoux en argent, à la voix puissante et rauque, et à la diction parfaite, elle nous compte l’histoire de cette maison où vécut une famille avec 17 enfants, puis sous l’ère soviétique… 30 familles. Elle évoque son enfance en Kommunalka…Elle parle de ses rencontres, de ce qu’elle transmet aux enfants…des valeurs… de l’âme russe…Oh ! temps suspend ton vol ! Touchons-nous là enfin la réponse à ce que nous cherchons depuis tant de temps…. ??? Enfin, « une » réponse… Et elle se résume aujourd’hui en un mot : générosité. Même quand on n’a rien, on partage. C’est émues que nous quittons ce personnage, qui a encore tant à révéler et à transmettre…

Dernier passage au magasin de souvenirs, puis dernier dîner. Sacha doit rester avec le bus : la porte ne ferme plus à clé. Anna lui fait emballer son dîner et le lui porte ! Echanges d’adresses, de mails… ça sent le départ…
En remontant dans le bus pour aller à la gare, Sacha nous offre à chacune un petit gâteau accompagné d’un post-it, où il a noté des souhaits pour la St Valentin, ainsi que ses coordonnées. Nous sommes touchées… au cœur !
Attente à la gare, puis départ (un peu compliqué de trouver le quai n°5, même les Russes nous demandent où c’est !), mais on finit par trouver et grimpons dans notre wagon. Equipement pour la nuit : pyjama, récupération des draps, on fait son lit, à une ou à deux…Nos compagnons de route son éberlués de savoir que nous avons passé trois jours à Vologda. On partage la dernière bouteille de rosé. Puis à 11 :00, tout s’éteint et c’est le calme absolu dans ce wagon de 60 couchettes… jusqu’à 5:00  h, où l’hôtesse de wagon nous réveille par une lumière aveuglante : il faut bien une heure et 20 minutes pour que nous puissions prendre notre tour dans la queue pour les toilettes, plier nos draps, récupérer nos affaires, avaler un thé et descendre sur le quai dans la nuit douce de Moscou, hébétées par une nuit improbable et trois jours de découverte encore irréels et extraordinaires…

Dominique Diboine



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