P’tit voyage à Polenovo – Octobre 2014

C’est un groupe de 9 filles qui embarque ce mardi matin d’octobre, à bord d’un minibus pour un programme composé autour de l’art russe.

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On commence par la littérature, droit sur Melikhovo, le domaine acheté par Tchékhov, où il passa les 10 dernières années de sa courte vie, entouré de ses parents, de sa soeur, et de nombreux amis, peintres ou écrivains, qui trouvaient là toujours porte ouverte. Porte ouverte aussi pour les soins dispensés souvent gratuitement chaque jour dès 5h du matin.Calme endroit, que les couleurs d’automne subliment, et que notre guide Irina, passionnée par son sujet, illustre de détails vivants, faisant s’animer les objets de la maison.

Nous faisons une halte auprès d’une source sainte, que les fidèles ont amménagée. De nombreuses personnes se pressent pour remplir leurs bonbonnes d’eau.
Deux bâtiments (un pour les hommes, et un pour les femmes) sont dédiés aux ablutions.

Nous enchaînons alors avec la peinture et le domaine de Vassili Polenov (1844-1927), qui acheta 18 ha de terres et construisit la demeure familiale selon ses propres plans, Certains bâtiments évoquent ses voyages : maison au toit de chaume, toit à la scandinave….Natalia, son arrière-petite-fille, dynamique et passionnée nous fait vibrer chaque mur de la maison, chaque tableau.chacun des objets, insolites parfois (ainsi ce petit crocodile empaillé !), ramené par l’artiste de ses expéditions pour instruire ou amuser les enfants.Et par chaque fenêtre, la vue sur les jardins alentours et sur la forêt vaut à elle seule un tableau…

L’atelier du peintre est une vaste pièce largement éclairée, où une trappe dans le plafond permet de composer les grands formats en prenant de la hauteur.Architecte, peintre, Polenov crée aussi des marionnettes de théâtre, des diaporamas pour les enfants des fermes alentours, traditions qui perdurent encore aujourd’hui chaque Noël.

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Nous n’avons pu prendre le bateau qui traverse la rivière pour nous emmener en face à Taroussa, le « Barbizon » russe, où se sont exilés les écrivains, peintres, savants, et autres penseurs du début du XXème et avons donc fait un long détour par la route. Malgré notre retard, on nous avait maintenu le bania « au chaud », et après le dîner, ce fut pour certaines, un moment de détente et de délassement apprécié : le temps s’était arrêté (23:00 ou 11:00 au choix…) et on y a fait « sauter les plombs » !

Le lendemain, la rivière encore fumante de brumes matinales nous accueille. Le passage au musée d’histoire de la ville est une succession de noms célèbres et de personnalités, qui mettent encore en évidence la profondeur de notre inculture russe ! Une promenade dans les bois, nous a menées devant la pierre à la mémoire de Marina Tzvetaieva : sa famille a vécu à Taroussa et elle avait exprimé son désir d’y être inhumée. Face à la stèle, la vue sur la rivière est apaisante…

Nous passons dans une fabrique de lin, où les couloirs dépravés laissent malgré tout filtrer suffisament de lumière pour que de florissantes plantes s’y étalent. La boutique ranime notre fièvre acheteuse ! Puis, le musée des beaux arts nous offre, entre autres, les tableaux de ce peintre animalier dont on a entendu le nom la veille : Vatagin, ainsi que de touchants portraits d’une certaine Rjevskaya. Et nous retrouvons, bien sûr Polenov !

Au rez-de-chaussée, une exposition temporaire de clés et cadenas qu’on ne peut égarer ! Et une d’objets en bois dévoilant d’amusantes et coquines surprises.
Le déjeuner avalé (excellente solianka, et du poisson en telle abondance, que quelques chats errants des environs pourront profiter des restes), nous filons vers Kalouga, que nous découvrons avec surprise : jolie ville aux maisons cossues à deux étages, colorées, avec ses 32 églises, un gigantesque parc et une esplanade fort appréciés.

Notre guide nous emmène à la maison des peintres, visiter l’exposition de son oncle Viktor Medvedev, artiste lui aussi, qui nous accueille chaleureusement avec sa femme.

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De là, nous partons pour le volet architecture de notre voyage. Commence alors un long périple en direction de Nikola Lenivets, les derniers 70 kilomètres étant une piste cahoteuse que la nuit n’aide sûrement pas à « adoucir ».

Mais à l’arrivée, on nous attend, malgré notre heure et demie de retard….Maxime (un chef cuisinier, ayant travaillé à Moscou et parlant un peu français), Serguei, un grand gaillard à barbe rousse (on est chez des vieux croyants ?) et sa femme Anna, une jeune femme immense aux belles mains longues, ont dressé la table pour nous et ont préparé tous les ingrédients pour une master class de cuisine mémorable. On commence par le samagon (distillation d’eau, sucre et levure, dans laquelle on fait mariner de la racine de potentille) servi dans des petits verres à vodka.

Même R. , qui lutte contre un refroidissement fatigant, se prête au jeu. Je vous prie de croire que la réputation de ces Françaises est restée bien à la hauteur… Et en plus, même pas mal !!!

Le menu est pantagruélique. Zakouskis de légumes de la ferme : navet, rutabage, radis, coupés en fines lamelles très parfumées. Fromage de la ferme. On commence par une soupe de cèpes. Puis on prépare trois poulets, massés au sel et aux herbes et fourrés de beurre, ils vont cuire en papillote d’aluminium trois heures sur le barbecue (on n’est pas sorties de l’auberge !). Vient ensuite un brochet magnifique, dont on lève les filets pour les détailler et confectionner, avec des oeufs et un peu de farine, de succulentes boulettes rôties à la poêle. Rôties également les patates pelées à la main et façonnées en paillassons : un relais épatant des filles pour râper, qui se sont passé LE gant : en reste-t-il au fait ? Saisi, le filet mignon de veau majestueux, accompagné de sa petite sauce smetana aux herbes, est un régal. Pour la cuisson, souvenez-vous : deux fois 4 ou 4 et 2 ! Et parce que nous le méritons bien, pour dessert, des pommes fourrées de miel cuites au barbecue aussi. Et enfin, un IvanChai pour activer la digestion.

Après un dernier verre, c’est à une heure et demie que nous rejoignons nos chambres, tandis que nos cuistots finissent nos bouteilles de vin rouge. abandonnées sur le « lieu de bataille »…

Le lendemain matin, petits yeux, mais en forme, nous dégustons la kacha agrémentée de mais, et une omelette exquise cuite au four (genre quiche sans pâte), puis départ en vélo avec Anton, sur le site du parc : de gigantesques structures éphémères (lorsqu’elles se dégradent trop, on les brûle…) disséminées dans les champs et dans la forêt. Il y en a 30 environ, les artistes en rajoutent deux ou trois tous les ans.

La zigoura russe, d’inspiration aztèque, elle est construite en pyramide, telle les célèbres temples sud américains, mais elle est couleur locale, en rondins,….

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Il en reste encore à découvrir sur les 650 ha du parc, nous sommes invitées à revenir le dernier week end de juillet, où pendant 4 jours a lieu le festival annuel, rassemblant 10 000 personnes, avec un camp pour les enfants, des camps de yourtes pour accueillir les participants et des visites guidées sur tout le territoire…

Nous retournons au camp de base pour boucler les bagages et déjeuner (ah ! les blinis, et cette smetana, et cette confiture maison, quel régal !) avant de prendre le chemin du retour pour rejoindre la grand ville, qu’on avait presque oubliée lors de cette bucolique parenthèse artistique….

Dominique Diboine

 



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