P’tit voyage à Kenozero – Juin 2014

800 km au nord de Moscou, en direction d’Arkhangelsk, nous quittons la capitale vers 20:00, passons la nuit dans le train, nous atteignons la gare de Plesetsk vers 13:00. Là, notre chauffeur Nikolaï (et non pas Sergueï ou Alexeï, comme l’ont appelé certaines !) nous prend en charge pour 180 km… dont 80 de piste précise-t-il… Nous arrivons à 16h30, un peu cassées,et découvrons le village. Nous logeons dans un gîte, et Anna nous accueille, qui nous a composé notre voyage. Anton, notre guide, déjà sur place depuis deux jours, remonte d’une virée en kayak, ses pagaies sur l’épaule. Les sacs déposés, nous partons à travers champs, découvrons l’amour d’église St Nicolas qui est le « phare » de notre village Vierchinino.

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Anton nous emmène chez Zenaïde. Elle et son mari ont travaillé à l’usine de ciment de Plesetsk toute leur vie, et à la retraite on fait construire cette maison au bord du lac, où les petits-enfants viennent passer tout l’été, gâtés par Zénaïde, fort occupée, entre la maison, le jardin amoureusement entretenu… et les touristes que nous sommes.

Nous avons un master de vareniki (chaussons de pâte briochée fourré de confiture maison : framboises ou myrtilles, au choix !), blinis (crêpes), vatruchki (tarte au fromage blanc) ou kalitki (tarte à la purée de pomme de terre : si, si, c’est terriblement bon ). La mari de Zénaïde est préposé au feu : celui du four de la maison, où vont cuire toutes ces spécialités, et celui du samovar, qui va servir à allonger le thé délicieusement parfumé qui infuse déjà dans la théière…

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 Le lendemain, après un copieux petit déjeuner (oladi : blinis), nous commençons par visiter les ateliers reconstitués du charpentier, du forgeron et du potier. Ce sont des enfants du village, sous l’œil de l’institutrice, qui nous font la visite et les commentaires. Quelle belle idée de les sensibiliser ainsi à leur patrimoine ! Le parc a été créé en 1991, pour essayer d’enrayer la désertification des villages. Il est aujourd’hui inscrit au patrimoine de l’Unesco et s’oriente vers l’écotourisme. Au sortir d’une des maisonnettes, les enfants ont déposé pour nous un petit « cadeau », témoin de leur « savoir-faire »…

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Le village s’anime : les vaches errent librement, les chevaux font tinter leurs clochettes. Les pêcheurs sortent leur barque, les magasins, avec leur boulier pour seule calculette, ouvrent leurs portes, et on s’affaire dans les jardins, où il y a trois semaines encore il y avait de la neige…

Nous embarquons sur un bateau à fond plat pour caboter le long des rives découpées du lac et découvrir d’autres villages. Toutes les maisons sont en gros rondins de bois noircis par le temps, certaines s’écroulent, d’autres sont retapées. A chaque village, une magnifique petite église tout en bois, située dans un endroit harmonieux et paisible.

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Nous repartons vers une maison où notre souriante hôtesse nous gratifie d’un plantureux repas, notamment un brochet cuit dans une pâte à pain dans le four à bois. Le dessert sont des crêpes fourrées d’une pâte de sarrasin, qui rappelle un peu la crème de marrons.

Nous repartons à travers champs, au son des oiseaux et du coucou, découvrir un petit sanctuaire caché au fond de la forêt.

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Nous rejoignons ensuite notre base, et on ne se lasse pas de l’arrivée à notre joli village !

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D’où nous partons ensuite vers Filipovskaya : village désert aujourd’hui, on y retape le pagost : l’ensemble entouré de palissades est composé d’une église d’hiver, d’une église d’été, d’un clocher et d’un réfectoire, qui servait de lieu de culte, mais aussi de salle de réunion et conseil. Une des maisons du village a été aussi restaurée et cherche à attirer une famille pour redonner vie à cet endroit.

Le soir, nous avons rendez-vous chez un garde-forestier. De fait, ils sont cinq ou six, dans une clairière, attablés à une table en bois. Le dîner mijote à côté, servi par les femmes. Le bouillon de la soupe de poisson, des tomates et des concombres au goût frais, puis du poulet avec des pommes de terre et comme dessert des fruits, mais surtout, une tarte aux airelles : un vrai péché !

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 Le lendemain, départ en bateau de nouveau pour explorer les villages du nord du lac. Elizabeth, rencontrée la veille au pagost et au dîner en forêt, sera notre guide. Elle nous conte son enfance, où elle avait 3 km à faire à pied à travers la forêt pour attraper le bac qui lui faisait traverser le lac pour aller à l’école, où elle était pensionnaire la semaine.L’hiver, elle traversait le lac gelé à pied. Tous les villages ont des connotations . Ainsi la chanson qu’elle nous fredonne, où la jeune fille liste à son père les avantages et les inconvénients des garçons de chaque village : ceux de XXX sont vaillants mais c’est bien loin, ceux de YYYY sont bien faits mais paresseux, ceux de ZZZ partent à la guerre pour Moscou…

Dans les villages où elle nous emmène, elle semble connaître bien des gens. Nous croisons une babouchka qui a son petit-fils en pension pour l’été.

VISkenozero8Nous pénétrons dans une petite église où la voûte est peinte en bleu et où chaque partition décrit les apôtres et les saints : les portraits sont plus humains et plus figuratifs que ceux qu’on peut voir sur les icônes.

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Tendus sur des cordes, de nombreux tissus sont en fait des offrandes des villageois. Certains semblent raconter leur histoire, ainsi cette étoffe pour enfant, avec nounours et éléphant, où on a brodé une croix rouge avec ferveur…

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Nous reprenons le bateau pour débarquer un peu plus loin, près de cette jolie église où jadis se dressaient 5 arbres : il n’en reste plus que 3 aujourd’hui. Juste à côté, un bouleau nous attend pour célébrer le rite de « simik » : chaque jeune fille, le jeudi précédent la Pentecôte, (c’est aujourd’hui, et par ailleurs, c’est aussi le jour où il faut semer les concombres….) doit accrocher un morceau de laine dans l’arbre, faire un vœu et faire avec ses compagnes une ronde autour de l’arbre en chantant une chanson. On prend ensuite deux jeunes branches de bouleau qu’on enroule entre elles pour former une petite couronne et si on s’embrasse, on restera amies pour la vie….

Nous arrivons à Oustpotcha (embouchure de la rivière Potcha), où jadis on faisait naviguer les troncs d’arbres par voie fluviale.

Là aussi, l’église est remarquable, encore plus pour nous, car le tout jeune prêtre itinérant qui officie d’un village à l’autre est là, préparant l’église pour la cérémonie de dimanche. Et comme il n’y a pas de séparation, autre que celle matérialisée à la hâte par trois lutrins, nous pouvons l’observer à loisir….

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 Après avoir vu le forgeron à l’œuvre ( Sergueï, un tout jeune garçon, qui s’est fait beau pour nous : pantalon de l’armée, chaussures de cuir et t-shirt propre….Je doute que ce soit sa vraie tenue de travail ! ), nous arrivons à la maison de Maria, qui nous a préparé notre repas de midi… avec LA tarte aux airelles… Quel enfer ! Ensuite, les master class divisent notre groupe en deux : en bas: les filles s’initient à l’écorce de bouleau et réalisent une salière, en haut, nous travaillons la laine et fabriquons une mini valenki : il faut d’abord carder la laine entre deux gros peignes, puis prendre de petits morceaux que l’on trempe dans de l’eau chaude savonneuse et dont on entoure une forme faite de deux morceaux de bois. On empile les couches de laine, on savonne, on lisse, on mouille, on essore, on lisse, on masse, on savonne, on lisse… jusqu’à ce que les couches adhèrent bien à la forme et que l’ensemble durcisse. Il suffit alors d’ôter les morceaux de bois… et voilà ! On imagine le temps nécessaire pour réaliser une bonne paire de bottes… Mais quel confort l’hiver !

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Retour à la base. On visite le musée du village où certaines voûtes d’église sont rafraîchies, sous l’oeil d’une spécialiste venue de l’atelier de restauration des icônes Moscou. Les outils agraires (charrue en bois, faucille, fléau,…) sont exposés, d’anciens traîneaux superbement décorés attendent leur nouvelle heure de gloire. Derniers clichés, et nous prenons la route pour attraper notre train de 0:40, où la nuit tombe à peine….

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On a passé sous silence les agressions sauvages des moustiques et des tiques. Les plus kamikazes y ont laissé leur vie et le 5×5 a fait son effet. Mais quelle merveilleuse plongée dans la Russie profonde que ces deux jours hors du temps, dont nous rentrons ravies….avec l’impression d’avoir encore flirté d’un peu plus près avec ce grand mystère qu’est l’âme russe….

Dominique Diboine – Juin 2014



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