P’tit voyage à Arkhangelsk – Février 2013

Au bord de la Mer Blanche, protégée par l’Archange St Michel, Arkhangelsk s’étale sur 60 km le long des rives de la Dvina, à 1234 km au nord de Moscou, et il ne faut pas moins de 21 heures de train pour y accéder. Mais l’ambiance de ce nouveau P’tit voyage est au rendez-vous pour se défier du temps de transport !
Arrivées au petit matin, après un copieux petit-déjeuner (kacha et blinis), nous nous arrêtons aux différents endroits marquants de l’histoire de la ville. Pierre le Grand lui confère ses lettres de noblesse en autorisant le commerce et une statue grandeur nature lui rend hommage, celle-là même qui figure également sur les billets de 500 Roubles.

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Il reste une faible partie des « hôtelleries » : bâtiments autrefois en bois et pierre, qui abritaient les commerçants, leurs montures et leurs marchandises dans de vastes entrepôts, autour d’une cour, où avaient lieu les échanges. Une partie de ceux-ci ont été reconstitués et transformés en un musée, où les épais murs voûtés et les arcades des galeries nous dévoilent la topographie de la région, ses ressources, ses trésors, et ses habitants.

Des constructions navales permettent aux explorateurs de partir à la recherche d’une route de la soie nordique. De nombreux étrangers fréquentent la ville. Mais Pierre le Grand décide peu après de créer St Petersburg, provoquant ainsi le déclin de la ville. Au XIXème siècle, la création du chemin de fer lui offre un regain de prospérité avec le commerce du bois. Lors des deux guerres mondiales, la ville joue un rôle stratégique majeur, permettant le ravitaillement des troupes en matériel et vivres. Un monument à la mémoire des jeunes marins morts pour la patrie rappelle ces moments difficiles. La ville compte de nombreuses églises, toutes dédiées à St Nicolas (d’où le surnom les 33 Nicolas), patron des pêcheurs.

A 80 km de la ville, dans le village de Lomonossava, se trouve le musée de Mikhail Lomonossov (1711-1765). Sa statue trône devant l’université d’Arkhangelsk, et l’université de Moscou porte son nom. L’homme est un personnage hors du commun, quasi autodidacte jusqu’à 19 ans, il étudie ardemment et brillamment auprès de professeurs en Allemagne et ses domaines d’activité sont aussi variés que physique, chimie, linguistique, céramique, théologie, astronomie, poésie… Il est aussi un enseignant pédagogue apprécié de ses disciples.

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Tout le long de la jetée des gens font leurs exercices de gymnastique sur les supports mis à leur disposition, des joggeurs envoient leur souffle blanc, on promène les enfants, certains font du ski de fond.Foto-GSSM3M8H

La rue piétonne d’Arkhangelsk nous offre désormais de vieilles isbas transportées ici et rénovées pour abriter quelque administration ou même logement.
Dans l’une d’elles, se trouve une école des arts populaires, où des professeurs passionnés enseignent aux enfants, après l’école, l’art du dessin, du métier à tisser, de la sculpture, broderie, tricot, travail du bois, de l’écorce de bouleau…Nos master classes de peinture sur bois (planchette à découper) ou tissage d’écorce de bouleau (hochet) nous enchantent : merci Micha !

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Nous rejoignons le bus qui nous emmène à 40 km dans notre hôtel, non sans avoir serré la main de Stepan Pisakhov, petit elfe, auteur de contes merveilleux….

Notre hôtel est en fait un complexe fait de plusieurs bâtiments éparpillés dans la nature. Un concert folklorique, animé par l’accordéon, nous met dans l’ambiance en retraçant les échanges d’antan entre le fiancé, sa promise et la belle-famille….Nous nous prêtons bien volontiers aux jeux et danses proposés dans la bonne humeur !

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Dès le lendemain, c’est en face de notre hôtel, dans un superbe domaine, où est reconstitué un village de bois, que nous sommes accueillies par la cérémonie du pain et du sel.

Le sonneur de cloches signale aussi notre arrivée par un joyeux carillon!
Notre charmante guide nous fait vivre au rythme des paysans du début du siècle, bien que certains bâtiments de bois soient vieux de 200 ans. Tous sont authentiques, ont été transportés ici pour être préservés, certains rénovés, et constituer ainsi la mémoire de cette région des « pomore » (ceux qui vivent de la mer).

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Une balade en traîneau nous fait découvrir l’étendue du domaine.

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Après cette promenade de plus de deux heures en pleine nature, nous avalons notre déjeuner et prenons la route. Petit arrêt pour admirer deux églises : une du XVIIème siècle, l’église de l’Assomption, célèbre pour ses miracles, qui en cache une autre, tout en bois, Nikolskaya, construite en 1589, un vrai trésor, entouré de son cimetière enfoui sous la neige.

 Puis nous partons visiter la brasserie Bobrov, où nous sommes accueillies selon la tradition : le pain (encore tout chaud !) et le sel, et des chants et danses qui nous transportent !

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On passe alors aux choses sérieuses : dégustation de bière, pas moins de 6 différentes, commentées avec passion par la chef de production (oui, une femme, tout comme la directrice d’ailleurs !), qui nous explique les phases de préparation. Nous quittons une salle bien « remplie » de verres presque vides !

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Nous retournons alors à l’hôtel où nous attend notre bania, deux heures de bien-être et de rires, de fouettage et de roulades dans la neige, de gommage et brushing…

Notre adorable guide Natacha organise après le dîner un « Qui veut gagner des Millions » original, concocté par ses soins, avec des questions concernent la Russie, qui obtient un franc succès !

Le lendemain, départ pour Khalmogory. La route est superbe encadrée de forêts enneigées au milieu d’une région légèrement vallonnée. On s’arrête pour traverser la rivière gelée à pied, deux petits kilomètres
d’une marche qu’on aurait bien prolongée, mais le temps se fait court et on nous attend au musée Lomonossov, où la guide intarissable, nous parle de cet homme génial.

Après un pique-nique dans le jardin du musée (mais oui !), nous traversons le village aux maisons colorées, pour rejoindre l’école de sculpture sur os, spécialité de la région. Nous apprenons à distinguer la dent de cachalot, de l’os de mammouth (on dirait du bois…) ou de l’os de vache. Un professeur nous donne démonstration de leurs procédés : certaines réalisations sont aussi fines que la dentelle. Un jeune étudiant nous montre tout fier ses réalisations sur corne d’élan…

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Retour à Archangelsk, et un dernier arrêt à auprès de l’église de la Résurrection construite en 1683, « Sainte Anne » pour les initiées (qui se reconnaîtront !).

Dernier dîner, dans un restaurant près de la gare, puis les adieux, toujours émouvants et nous revoilà dans le train, en troisième classe, avec des voyageurs plutôt calmes et disciplinés, si bien que le voyage se passe en douceur. Aux arrêts, on retrouve ces babouchkas, qui vendent leur production de châles, poupées, pirojkis…

Restent en tête les souvenirs d’une magnifique région, de gens heureux et fiers de nous faire partager leurs richesses, leurs coutumes, leurs savoir-faire, et l’émotion de ces rencontres fugaces, mais si intenses… Je garde pourtant clairement à l’esprit que ce que nous avons pris pour des « vacances » est parfois le lourd quotidien de ces gens aperçus au coin de nos objectifs….

Dominique Diboine

Carol et cathMerci Carol & Catherine pour tous ces p’tits voyages.



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