P’tit voyage à Nijni-Novgorod – octobre 2012

Nous voilà 13 filles, parties pour une nouvelle découverte de la Russie, destination Nijni-Novgorod à 400 km à l’Est de Moscou. Le départ se fait aux aurores, par le Sapsan, TGV russe, très confortable, quatre heures de train passées à papoter, dormir, plaisanter, lire, grignoter, rire tandis que 4 inconditionnelles du mah-jong animent le wagon de leurs parties enfiévrées !

Notre guide Nadia nous accueille sur le quai de la gare, avec un porteur qui s’occupe de nos bagages et les amène au bus qui nous attend. Nous quittons immédiatement la grand ville pour rejoindre Gorodets à 50 km de là…

Fondée en 1152 par un petit-fils de Iouri Dolgoruki (fondateur de Moscou), elle témoigne, par ses maisons aux couleurs gaies et aux fenêtres très travaillées, du développement de l’artisanat qui a contribué à sa renommée pour pallier le faible rendement des terres agraires environnantes.

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La dentelle locale est réputée, ainsi que le prianiki, sorte de pain d’épices, ou plus exactement de gâteau au miel.

Les mines de sel de la région participent à la richesse de familles prospères qui font ainsi connaître leurs noms : Pojarski, Strogonov…

Nadia nous précise que la région abritait (et encore de nos jours, quoique moins nombreux) des « vieux croyants », ces familles mises hors la loi, n’ayant pas voulu accepter les réformes de l’Eglise orthodoxe portées par l’archevêque Nikon. Ayant fui leurs villages pour échapper à l’exécution ou à l’emprisonnement, elles se sont groupées et ont développé l’artisanat et le commerce pour survivre.

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 Notre première halte est pour le musée du samovar, une magnifique bâtisse de bois bleue, richement décorée, où sont entreposés des centaines de modèles différents. La guide nous détaille comment on est passé de la simple bouilloire au samovar, et en quoi celui-ci, sous la seule responsabilité de la maîtresse de maison, joue, au sein de la famille et de la société, un rôle indispensable, perdurant encore aujourd’hui à la campagne.

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La maison attenante au musée abrite elle les « biens », tous les objets témoins de la vie au XIXème siècle : lave-mains en cuivre, bassinoires, vaisselle des militaires, premiers patins à glace (une lame de fer fixée sous les bottines par un clou et harnachée avec un lien au-dessus de la chaussure !).

Nadia nous commente les détails de la maison : l’isba, la partie de la maison qui comporte la pièce principale avec le four a donné son nom, par extension, à l’ensemble de la maison en bois. Le bas-relief horizontal qui décore l’extérieur de la maison comporte toujours des animaux (lions, dragons,…) pour chasser les mauvais esprits, et parfois on y voit la profession du propriétaire (poisson = pêcheur…) Si les pans décorés du toit s’allongent pour le dépasser de part et d’autre, cette maison s’engage à vous offrir l’hospitalité, gîte et couvert, ceci faisant référence aux pèlerins qui circulaient
nombreux, et même encore maintenant, dans la région.

Nous rejoignons alors le gigantesque édifice en bois, plusieurs maisons reliées entre elles par des passages couverts, qui sert de musée des artisans, où nous sommes accueillies par un chant de bienvenue au son de l’accordéon. Là nous admirons la peinture sur bois, aux décors fins, parfois presque naïfs, la broderie au fil d’or sur tissu, les dentelles ajourées.

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Nous poussons même à nous initier à la fabrication d’appeaux en terre, ce qui pour certaines fut aisé, pour d’autres…un peu plus laborieux…Bravo les « cocottes » !
Cette première journée s’achève à notre hôtel, une barge sur le fleuve, pas très loin des grues des constructions navales, où, du ponton, un verre à la main, nous admirons le coucher de soleil !

Le deuxième jour nous emmène à Semionov, où nous visitons une fabrique de khokloma, cette vaisselle en bois peinte, si typique de la Russie qu’elle est dans tous les magasins de souvenirs. Mais les 1600 employés produisent aussi ici des jouets, des matriochkas, des meubles… Dès l’entrée, nous pénétrons dans un univers étonnant : la machine à pointer, le téléphone, la loge du gardien même, tout est si archaïque qu’on dirait un décor de film. L’usine est imposante, plusieurs bâtiments décrépis, autour desquels s’enroulent les incontournables tuyaux de gaz….Les petits carrés de verdure sont égayés de fleurs, mais aussi de créations artistiques réalisées par les ouvriers ou même par des jeunes : ainsi, une des peintures murales de l’entrée a été réalisée par un enfant de 6 ans ! Notre visite commence par l’atelier du bois. Les pièces (matriochkas, bols) sont tournées sur des machines au milieu de la sciure et des copeaux que des tuyaux arachnéens s’efforcent en vain d’absorber.

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Les ouvriers ne portent aucune protection (lunette, masque). Pourtant nous dit-on, la direction les propose, mais personne n’en veut… Dans un lieu de passage, une hache traîne sur un billot, plus loin, c’est la tronçonneuse qui attire mon regard : très clairement, les normes de sécurité ici sont différentes des nôtres… Dans un endroit isolé et clair, deux ouvriers fabriquent à la main une pièce maîtresse très prisée.

Nous passons ensuite à l’atelier de peinture des matriochkas : une salle claire, aux murs saumon, avec des plantes vertes. Chaque ouvrière est installée à une grande table qu’elle partage avec 3 autres. La peinture se fait à main levée, avec des pinceaux de différentes tailles.

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Il s’agit de reproduire un modèle bien déterminé, chacune un différent, mais de modèle, point : il semble bien qu’elles ont tout en tête…. Notre master class de matriochka nous démontre qu’effectivement il y a bien des codes : foulard, tablier fleuri, manches blanches, mais que les couleurs peuvent se décliner à l’infini pour laisser libre cours à l’imagination du créateur ! Une chose est sûre, le travail exige minutie et concentration…

Le déjeuner est pris à la cafétéria de l’université, dans une salle individuelle qui doit servir aux réceptions. Pour dessert, nous goûtons aux gâteaux de miel, une des spécialités de la région.

Ayant pris du retard sur notre horaire, passionnées par la fabrique, nous n’irons pas au lac de Svetloyar qui pour défendre la ville de Kitej, assiégée par les Tatars, l’aurait ensevelie sous ses eaux. Nous ne vérifierons donc pas la légende qui dit qu’on entend encore parfois sonner les cloches des églises englouties. Mais nous irons accompagnées d’une élégante guide en mini- jupe et talons hauts faire une promenade le long d’un des bras de la rivière Oka, que les Russes se plaisent à descendre en canoë l’été. Les abords sablonneux et des restes de feu de camp laissent à penser que cet endroit est vraiment apprécié des locaux.
Le retour vers Nijni Novgorod se fait sous la pluie et les embouteillages nous amènent juste à temps à l’hôtel pour déposer nos bagages, nous changer en un temps record afin d’être présentables pour le théâtre, où nous allons voir le ballet Blanche Neige. La salle est pleine, et nous sommes stupéfaites de l’attitude des spectateurs, beaucoup d’enfants, certes, mais qui, sans intervention aucune des adultes les accompagnant, dégustent leurs friandises, font des commentaires, rentrent et sortent de la salle. Le ballet ne sera pas forcément un hit, mais on apprécie l’effort pour les décors et les costumes, et on gardera souvenir de l’air malheureux et pathétique du cerf, emblème de la ville!

Pour dîner, nous sommes seules dans les caves voûtées d’un restaurant où le poisson et les légumes verts changent de « l’écrasée de pommes de terre » (Marine !) et le petit pirojki tiède en dessert fait oublier le goût du vin cuvée spéciale CEE !!!

Nous finissons la soirée toutes serrées dans une chambre à l’hôtel, sous les toits, où malgré nos efforts, déconcentrées par les fous rires, nous aurons du mal à compter jusque 13….

Euh ! encore raté : Clal !!!!

Le lendemain matin, après une nuit plus ou moins bonne, en fonction des voisins plus ou moins bruyants, téléphages, ou ronfleurs, nous rejoignons les rives de la Volga pour admirer le superbe escalier d’apparat, sous lequel passe la route, qui rejoint en 440 et quelques marches le Kremlin, aux murs et aux tours de brique rouge, qui ne fut jamais pris. Pour sa situation privilégiée en haut des collines, au confluent de l’Oka et de la Volga, la ville sécurisée, nommée Gorki du temps soviétique,

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a abrité des industries stratégiques : armement militaire, véhicules automobiles, construction navale (bateaux et sous-marins), développement de l’industrie nucléaire, si bien que pendant longtemps elle fut fermée aux étrangers et même aux Russes, qui pour y accéder devaient disposer d’un visa spécial. Sakharov y fut assigné à résidence, coupé du monde, sans information, pour avoir refusé de démultiplier la force des bombes nucléaires. Son exil fut levé par Gorbatchev.

Nijni Novgorod est également réputée pour sa foire, qui attire de nombreux étrangers, faisant jadis exploser la population de la ville. Le majestueux bâtiment d’entrée et l’enceinte colossale réservée aux marchands témoigne de l’importance des échanges, qui connurent leur apogée au XIXème et début du XXème siècle et reçurent la visite d’illustres personnages, tel Alexandre Dumas.

L’Eglise de la Nativité de la Vierge est une rare église à avoir été préservée, du fait des décors baroques russes uniques et des icônes originales qu’elle recèle. L’iconostase est ornée de troncs de bouleaux entièrement sculptés et dorés, un travail colossal et admirable.

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D’autres églises ont été sauvées également, ainsi cette petite église aux toits verts, devant laquelle on a construit un immeuble soviétique des plus hideux pour la cacher aux regards qu’on aurait pu porter sur elle des berges de la Volga lors d’une fête du parti…

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Seuls deux ponts traversent la Volga pour relier la ville à la berge d’en face, et en 2011 a été mis en place un téléphérique afin d’éviter aux gens de Bor et alentours les 30 km (souvent de bouchons) pour venir travailler à Nijni Novgorod. Les cabines descendent souplement le long d’un long câble surplombant le fleuve et les îles sablonneuses et marécageuses. En remontant vers le Kremlin, nous passons au-dessus de la base nautique où sont stockés canoës et kayaks tandis que sur la droite, deux skieurs s’entraînent, sans doute pour Sochi ( !), sur une piste synthétique, qui en hiver doit prendre plus de charme.

Nous pénétrons ensuite dans le Kremlin, où circulent personnes et véhicules, donnant vraiment l’air d’une ville dans la ville, impression renforcée par quelques buvettes et magasins de souvenirs. La flamme du soldat inconnu est gardée par de jeunes aspirants immobiles, et relevés tous les quarts d’heure selon un rituel bien étudié. Non loin de là, se dresse l’obélisque, donné par Moscou en lieu et place de la statue de Minine et Pojarski de la Place Rouge (devant St Basile), destinée à Nijni Novgorod en 1812, et jamais livrée. Une réplique plus petite de 50cm fut enfin exécutée (par Tsereteli)… en 2004.

Au milieu de riches maisons en ruines, Nadia nous détaille une maison restaurée du XVIIème siècle, avec ses murs en briques chaulés et son escalier couvert, d’où l’hôte accueillait ses visiteurs, et selon leur rang, se plaçait en haut, au milieu ou sur la troisième marche de l’escalier…

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Nous passons ensuite sur la rue piétonne et marchande de Pokrovska, ressemblant à Arbat à Moscou, ou plutôt, vu l’état décrépi des bâtiments autrefois splendides, à Bauman de Kazan…

Le déjeuner fort copieux dans une auberge au cadre rustique (exquise soupe aux champignons , duo de poisson gratin dauphinois, enfin sorte de !!) nous assomme un peu (ou bien est-ce le petit verre de liqueur de baies rouges ?) Nous rejoignons ensuite, juste à côté, le musée de la photographie, où un peu amorphes, on admire cependant d’intéressants clichés des deux photographes célèbres du coin.

Puis nous nous dirigeons vers une des demeures cossues du haut de la ville où Maxime Gorki, célèbre écrivain, de son vrai nom Alexei Pashkov, a résidé pendant deux ans, avec sa femme Catherine et ses deux enfants, au tout début du XXème siècle. Cette maison abrita également le chanteur d’opéra Chaliapine, ami de Gorki, et encore d’autres célébrités… Nous terminons nos visites avec le musée littéraire, magnifique demeure bourgeoise restaurée, où sont rassemblés divers objets ayant appartenu à Gorki ou à son entourage, la visite devenant vibrante grâce à une guide aimable et passionnée…

Le dîner se prend dans un bel endroit à la décoration un peu kitsch. Une fois de plus, nos bouteilles sont acceptées, on ne se le fait pas dire deux fois ! Les lasagnes aux champignons resteront un excellent souvenir gustatif.

A l’issue du dîner, le groupe se scinde entre les adeptes du bania et celles qui rentrent à l’hôtel. Mais pour huit d’entre nous, l’expérience bania, sur des bungalows sur la Volga, est un grand moment. Curiosité locale, nous attirons l’ensemble du staff masculin, qui vient en vain proposer ses services, sous les regards désapprobateurs de la préposée lippue et charpentée, qui nous apporte les serviettes ! Au mur tout un arsenal d’instruments de musique populaire, des valenki (attention, il faut être deux pour les ôter !) La piscine dans le bania donne à l’air libre sur une petite terrasse ! En sortant, les brushings apprêtés pendant de longues minutes sont anéantis par des trombes d’eau et nous rentrons à l’hôtel en taxi, exténuées….

Notre dernière matinée nous ramène dans la ville haute, où, au marché, nous rencontrons une dame qui parle encore un merveilleux français en dépit de 30 années de non pratique. Les marchands kafkazes, géorgiens, nous haranguent tandis que nous procédons à nos emplettes : légumes, épices, charcuterie locale…Notre vendeuse aux dents en or nous offre même un généreux assortiment de légumes en saumure, qui fera le bonheur d’une petite babushka du coin de la rue, venue ce matin-là vendre le persil et les trois pommes de son jardin….

Un petit en-cas avant de retraverser le kremlin, et de redescendre vers l’hôtel récupérer les valises, et le bus retraverse la Volga pour rejoindre la gare. Retour en Sapsan sans incident, quelques siestes, un peu de lecture, dégustation de konfetti, quelques parties de mah-jong, et nous voilà sur le quai bondé de la gare Kurskaya, sous la pluie. La ville est congestionnée : vendredi soir, mauvais temps…. Bienvenue à Moscou !

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Dernier « schmuz », adieu Nijni Novgorod : encore une case à cocher sur la longue liste des étapes russes…. Il en reste beaucoup !!!
Dominique Diboine, octobre 2012



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